Exposition Mathieu Lustrerie 2013

Suite au succès rencontré par les éditions 2011 et 2012, la lustrerie Mathieu ne pouvait qu’organiser une exposition 2013 dans ses locaux de Gargas dans le Vaucluse. Si l’an passé, hommage était rendu au génie automobile français, il était cette année question de mettre en lumière ces passionnés qui ont créé les bolides de leurs rêves ! Le principe reste le même : associer un lustre à une voiture pour mélanger ancien et nouveau, le tout étant de sublimer les carrosseries.

Nous prenons contact avec l’équipe de la lustrerie qui nous répond favorablement. C’est donc le 22 décembre que nous nous y rendons pour ce dernier reportage de l’année 2013.

Les voitures exposées sont une quinzaine environ et datent de 1908 aux années 1960. C’est d’ailleurs avec la plus ancienne du lot que nous démarrons. Cette voiture Sizaire & Naudin à carrosserie Cabriolet Sport est sublime dans sa robe blanche. Si le cube-lustre en cristal de roche et en améthyste est toujours de la partie, il est cette fois associé à un Caffieri daté de 1750 en bronze doré et ciselé. Mais revenons à la voiture en question si vous le voulez bien. Maurice Sizaire, né en 1877, est un doux rêveur, aspirant à devenir constructeur automobile. Son rêve devient réalité à la fin du XIXème siècle lorsque, associé à son frère et à son ami Louis Naudin, il construit sa première voiturette. Elle ne sera présentée qu’en 1904 mais le succès est rapidement au rendez-vous. Un succès intégral puisqu’il se conjugue à de grandes victoires en courses, en remportant notamment trois fois la Coupe des Voiturettes entre 1906 et 1908.

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Juste à côté trône un modèle que certains doivent déjà connaître puisque la marque Leyat s’est vue exposée au salon Rétromobile en début d’année. Marcel Leyat était un passionné d’aviation (et l’un des pionniers dans le domaine) mais avait d’autres ambitions. Dont celle de réaliser des automobiles directement inspirés de sa passion première. Il se lance dès 1913 avec l’Hélicocyle et poursuit après la guerre avec la Hélica, comme celle de 1921 exposée ici. Le résultat est saisissant et c’est un véritable avion sans ailes qui attend patiemment que quelqu’un veuille bien mettre en route son moteur Anzani à 3 cylindres en étoile en lançant la grande hélice à l’avant du véhicule ! Notez que les places sont en tandem. Il est mis en lumière par un lustre de 1850 en bronze doré et en verre réalisé par Charles Stanislas Matifat.

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Dernière voiture de cette salle : une Vermorel Type LC version course de 1913. Né en 1848, Victor Vermorel rejoint très jeune la société éponyme créée par son père, alors spécialisée dans les vignes. Mais rapidement, Victor a d’autres ambitions et conçoit ses premières automobiles qui glaneront les lauriers dans diverses compétitions automobiles comme la course de côte du Mont Ventoux par exemple. Mais hélas, la petite entreprise ne résista pas à la crise économique de 1929 et dut fermer l’année suivante. La Vermorel LC est associée à un lustre en bronze doré d’après Pierre Gouthière.

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Il est désormais temps de passer la salle principale. Dès notre entrée, une voiture originale attire notre attention. Il s’agit du Prototype N°2 construit en 1948 par le pilote français Jean-Pierre Wimille. Ce dernier est considéré comme l’un des plus grands pilotes de tous les temps, remportant de multiples épreuves sur des Bugatti ou encore des Alfa Romeo. Mais dans les années 1940, il nourrit l’ambition de réaliser une voiture qui porterait son nom. Un premier prototype est dévoilé en 1946 avec une forme ovoïde, un châssis tubulaire, trois places avec volant pour le passager du milieu et moteur V6 central arrière (finalement remplacé par un « simple » moteur Citroën). Mais Wimille veut faire encore mieux et deux ans plus tard est présenté le second prototype qui nous intéresse aujourd’hui. Les éléments du concept de 1946 sont repris, excepté le moteur remplacé par un V8 de Ford Vedette. La carrosserie très profilée, signée Philippe Charbonneaux, est très aérodynamique, avec un Cx presque impensable de 0.23 ! Cette voiture en avance sur son temps est logiquement mise en lumière par un « lustre » très moderne dénommé « La Robe LM » et réalisé par Christine Ferrer sur lequel nous reviendrons un peu plus tard.

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Juste à côté, un autre véhicule étonnant nous attend. Il s’agit d’une Peugeot 203 spéciale puisque revue et corrigée par Émile Darl’Mat. Darl’Mat démarre sa carrière en tant que concessionnaire pour la marque au lion mais aspire à rendre les modèles Peugeot différents de l’origine. Avec Pourtout et Paulin, il réalisé de nombreuses déclinaisons de la 302 (dont un exemplaire était d’ailleurs présent l’an passé) ainsi que de la 402, des versions remportant de nombreux succès. Mais après-guerre, Darl’Mat veut aller plus loin et modifie profondément une 203 pour gagner d’autres courses. Construite en aluminium et très aérodynamique, la voiture permet d’atteindre environ 170 km/h. Elle ne sera malheureusement jamais engagée en course… Cette 203 spéciale est combinée à un lustre qui pourrait rappeler sa ligne de toit : semblant formé de glaçons et datant des années 1970, il est fait de verres compressés montés sur une structure en inox.

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Au fond de la pièce, une voiture nous « oblige » à remonter le temps. Pierre Desgouttes fonde sa marque en 1904 et les affaires marchent bien, si bien d’ailleurs qu’un industriel du nom de Cyrille Cottin s’associe à lui pour se développer davantage. Les modèles de la marque sont eux aussi très évolués techniquement, ce qui leur permet de gagner de nombreuses courses. Aujourd’hui, la marque est connue surtout pour sa « Sans-Secousse » présentée en 1925, dotée de quatre roues indépendantes. Le lustre qui accompagne la Biplace de course de 1924 rappelle quelque peu la forme de la carrosserie, creusée au niveau de l’habitacle. Intitulé Niagara, il date de 2007 et a été réalisé en bronze argenté assorti de perles de verre.

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A quelques mètres de la Cottin Desgouttes est exposé une voiture méconnue : une Guyot Spéciale de 1924 à moteur 6 cylindres 2 litres et carrosserie course. Albert Guyot débute sa carrière en tant que pilote. Il court activement aux États-Unis et notamment aux 500 Miles d’Indianapolis, qu’il terminera à la troisième place en 1914. Mais dix ans plus tard, il lui prend l’envie de se lancer dans l’aventure de constructeur et dévoile la voiture exposée ici, qui participera à quelques Grands Prix. Cette Guyot est mise en lumière par un lustre moderne puisque réalisé en 2007 et baptisé « Love ». Il est fait de bougies LED, une spécialité de la lustrerie Mathieu, et de bronze argenté.

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Toujours dans la même pièce est exposée une biplace de course. Si Amilcar (de l’anagramme de ses fondateurs Joseph Lamy et Émile Akar) est réputé pour ses cyclecars comme les CC, CGS ou encore C6, les voitures de sport de la marque sont moins connues. Pourtant, en 1936, quatre voitures G36 Pégase (dont celle présentée) sont construites. Celles-ci obtiennent de bons résultats en Grands Prix et participeront même aux 24 Heures du Mans comme ce fut le cas en 1938 avec un équipage 100% féminin composé de Fernande Roux et Germaine Rouault qui devra malheureusement abandonner. La G36 exposée ici se présente sous un lustre en bronze et en cristal de roche blanc dénommé Super Nova et datant de 2010.

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En mentionnant précédemment la Wimille, nous évoquions le lustre qui trônait à ses côtés. ll ne s’agit pas véritablement d’un lustre à proprement parler puisqu’il prend la forme d’une robe. Christine Ferrer, une artiste pyrénéenne, réalisa sa Robe LM en cristaux sur invitation de Régis Mathieu. Grâce à la lumière et à l’aspect brut de la réalisation, les formes et les lignes de la robe sont sublimées, magnifiées.

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Passons dans la deuxième moitié de la salle principale. A l’entrée de celle-ci se présentent deux voitures. Le premier a été construit par une marque méconnue, Robur. Ce cyclecar se distingue par ses caractéristiques techniques avec un huit cylindres en ligne alimenté par deux carburateurs Solex. Avec un long capot et un radiateur rond voulus par ses créateurs Renoult et Dalmer, cette Biplace Robur de 1928 revêt une allure sportive. Malheureusement, un seul exemplaire fut réalisé. Cette voiture de course est combinée à un lustre en bronze argenté qui n’est pas sans rappeler les formes rondes et les phares de la Robur. Baptisé tout simplement lustre aux Éléphants, il date des années 1880.

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Juste derrière la Robur est présentée une autre voiture de course. Il s’agit d’une Salmson GSC (pour Grand Sport Course) San Sebastian de 1926. A la fin du XIXème siècle, Émile Salmson est un grand industriel et fabrique alors des équipements industriels. En 1913, il crée la SMS (Société des Moteurs Salmson) spécialisée dans l’aéronautique. La firme se convertit finalement sur le tard à l’automobile, après la Première Guerre Mondiale. Très vite, les modèles de course de la marque sont couronnés de succès, et le type GSC n’échappe pas à la règle. Celui-ci sera surnommé San Sebastian suite à la victoire de Salmson lors du Grand Prix du même nom. Les dernières évolutions embarquaient alors des moteurs à double arbre à cames, permettant au pilote Henri Laval de remporter par exemple le GP de Bordeaux à bord du modèle exposé (châssis n°425). L’équipe de la lustrerie a choisi de lui associer un lustre en bronze doré et à verres opalescents réalisé en Autriche dans les années 1900 et appelé lustre aux marrons.

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A l’arrière de la pièce, trois voitures sont exposées, dont deux du côté des miroirs.

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La bleue à gauche est une Giai Spéciale. Philippe Giai, d’origine italienne, ouvre un garage à Fourcalquier puis à Tulette en 1934. Il s’attela d’abord à la construction d’une petite voiture de course sur la base d’une Rosengart. Puis, devenu agent Citroën, il récupère l’épave d’une Peugeot 202 dans l’immédiat après-guerre qu’il transforme et améliore techniquement avec le montage d’une boîte Cotal ainsi qu’un moteur préparé. La carrosserie est réalisée par Jean Barou à Tournon, et l’ensemble n’est pas sans rappeler la nouvelle Ferrari 125. La Giai se dévoile sous un lustre Murano de 1960.

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Quant à celle de droite, elle repose sur une base Simca. Germain Morère, un passionné d’automobile qui oeuvre comme mécanicien, décide un beau jour de construire sa propre voiture. Les pièces Simca étant courantes dans les années 1940, il décide de les utiliser à bon escient. Il construit alors la Morère GML, un roadster sport, reposant sur un châssis de Simca 5 et embarquant une mécanique de Simca 8 améliorée. Confiant dans sa réalisation, Germain Morère propose sa réalisation Henri-Théodore Pigozzi, alors patron de Simca. Mais ce dernier refuse de construire le modèle fait maison en série, et la GML restera sans suite. Pour mettre en valeur les courbes de la voiture, il a été décidé de lui adjoindre un lustre baptisé Éclipse en perles et en bronze argenté daté de 1990.

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Juste en face, une autre réalisation nous attend. Le nom de Louis Rosier ne devrait pas vous être inconnu. En effet, il était un des pilotes les plus doués de sa génération. Son plus grand exploit intervient aux 24 Heures du Mans 1950. Pilotant une Talbot T26 GS, il rêve d’une chose : remporter cette course de légende. Pour cela, il lutta contre la fatigue et ne laissera ainsi le volant à son fils que 2 tours ! Son but est atteint, il gagne la classique mancelle ! Mais loin de se reposer sur cette victoire, Louis Rosier se lance dans la construction de ses propres voitures dès 1951. Si la 4CV était une base très courante dans les années 1950, la Rosier figure parmi les plus belles réalisations. Cette berlinette est confiée à l’atelier italien en vogue du moment, à savoir Motto. Les grandes lignes de la 4CV sont conservées mais se retrouvent étirées, la ligne étant beaucoup plus fluide. Louis Rosier fera aussi réaliser une barquette qu’il pilotera aux 24 Heures du Mans 1953. Si l’oeuvre de Warren Muller, cet enchevêtrement reconnaissable entre mille, éclairait l’année dernière une 400 LM (voir ici), il trône toujours au-dessus la Rosier mais est associé au lustre Serrurier-Bovy réalisé vers 1900 en bronze argenté et avec des verres taillés.

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Si les 4CV servaient souvent de base à toutes les excentricités, il en est de même pour les Panhard. Et c’est le cas pour la voiture suivante, l’Arista JD. Raymond Gaillard, concessionnaire Panhard-NSU à Paris, est un passionné de sport automobile. Très vite, il cède à la tentation et réalisé des voitures sur base Panhard, notamment des Dyna X. Mais Raymond Gaillard rêve d’un joli coupé et demande pour cela à Jacques Durand (le père des Jidé et des Scora) de lui dessiner une carrosserie à la ligne fluide. La JD (pour Jacques Durand donc) est née. Difficile à croire en voyant l’Arista, mais elle est basée sur une berline PL17 dont le châssis a été raccourci mais le moteur flat-twin de 850 cm3 d’origine a été conservé. Malheureusement, seuls 6 exemplaires trouveront preneurs… L’Arista JD est ici associée au lustre « L’Artichaut » modèle Poul Henninghen par l’artiste Louis Poulsen.

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Dernière voiture exposée : une Georges-Irat Type C3 MOD de 1939 à carrosserie cabriolet 4 places et moteur Citroën 11 CV. Georges Irat est fondée par l’homme du même nom en 1921. Il faudra attendre les années 1930 pour assister à la renommée de la marque grâce à de petits roadsters deux places à moteur Ruby et quatre roues indépendantes. Par la suite, c’est le moteur 11 CV de la Citroën Traction qui sera adopté, améliorant ainsi les performances. Le cabriolet présenté ici aurait été commandé par le constructeur et fait montre d’une belle élégance. Pour accentuer le piquant des Georges Irat, c’est un lustre aux chardons en cuivre des années 1900 qui a été choisi.

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Passons ensuite aux détails, qui ne manquent pas sur ces voitures. Le logo de la Wimille est très stylisé et ses lames courbées dans le prolongement du toit sont photogéniques, surtout avec le jeu d’ombres créé par les lustres.

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La 203 Darl’Mat Spéciale présente un aspect brut avec sa carrosserie en aluminium, et sous cet angle, le travail aérodynamique est visible. Un réel travail d’orfèvre !

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Quelques photos de logos avant de revenir dans la première salle.

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Petit détour dans la petite salle avant de penser à repartir. Si l’Astrolabe figurait l’an passé à côté de la Bugatti Veyron (se référer une nouvelle fois à l’article de l’année dernière), il a cette fois été ramené près de la Sizaire & Naudin. Cette oeuvre a été réalisée en 2012 avec du cristal de roche noir et reprend comme son nom l’indique les codes esthétiques des véritables astrolabes, conçus pour calculer le mouvement des astres. Même si c’est une oeuvre d’art, il faut savoir qu’elle est fonctionnelle au sens où les roues et la planète au centre s’orientent réellement. Nous profitons de sa disposition actuelle pour tenter une photo conceptuelle. A vous de juger du résultat, qui a toutefois le mérite de montrer la particularité de disposition des ressorts à lames.

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Dernier coup d’œil sur les deux ancêtres qui se font face. L’opulence de la Sizaire s’oppose au strict minimum logique pour une voiture de course de la Vermorel.

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C’est une nouvelle fois avec regret que nous quittons les lieux. Cette exposition 2013 s’est révélée aussi réussie que celle de l’an passé, avec des automobiles peu communes associées à de magnifiques lustres mettant en exergue deux formes d’art qui cohabitent.

Informations pratiques :

Du 13 décembre 2013 au 19 janvier 2014

De 17h à 21h tous les jours sauf jours fériés

Hameau des Sauvans, 84400 Gargas

http://www.mathieulustrerie.com/accueil.php?lang=fr

Nous tenons une nouvelle fois à remercier Régis Mathieu et toute son équipe, et plus particulièrement Véronique Dahan qui a accepté la réalisation de ce reportage.

Nous ne pouvons que vous conseiller de vous rendre à l’exposition (gratuite) si ce n’est déjà fait, vous ne serez pas déçus !

Ce reportage est le dernier de l’année 2013, nous vous présentons donc tous nos vœux pour 2014 qui se profile à l’horizon, et espérons que vous passiez de bonnes fêtes de fin d’année. Quant à nous, rendez-vous en 2014 pour une nouvelle année qui s’annonce pleine de surprises ! Merci à tous ceux qui nous suivent et soutiennent, en espérant que vous serez encore plus nombreux dans les mois à venir ! 

2 réflexions sur “Exposition Mathieu Lustrerie 2013

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